Une niche sur les sites de rencontres

Article ajouté: Feb 14, 2007
Champs sous: Les sites de rencontre
Le site de rencontres Parship tente de faire la preuve de son sérieux en terrain gaulois avec un test psychologique et s'allie avec les médias.

Selon ce sondage, les Français miseraient prioritairement sur les soirées pour célibataires et les sites au détriment des agences matrimoniales.
Tout le monde n'aura pas aujourd'hui l'occasion de fêter la Saint-Valentin... faute d'être amoureux tout simplement ! Les esseulés ont désormais de quoi se consoler avec leur souris : plus de 6 millions de Français cherchent l'âme soeur sur la Toile. De plus en plus de femmes (40 % environ) mais aussi des jeunes, des seniors, toutes catégories sociales confondues, surfent sur les sites de rencontres. Maturité du marché aidant, ces sites n'effraient plus grand monde et sont en passe de devenir un sujet banal. Le français Meetic, numéro un en Europe avec son rachat en janvier du britannique Datingdirect et plus de 3 millions de profils « actifs », a largement contribué par son succès à démocratiser la pratique. De même que le numéro un mondial américain, Match.com, arrivé en France il y a quatre ans. Mais au pays du Minitel rose, ces deux poids lourds n'échappent pas à un positionnement d'esprit libertin avec un coeur de cible entre 28 et 40 ans.

Face à eux, l'allemand Parship, arrivé en France il y a deux ans, tente désespérément de faire la preuve de son sérieux en terrain gaulois. « Nous souffrons de la mentalité 3615 Ula et des clubs de rencontres. Pourtant, nous sommes aussi connus en Allemagne que Meetic l'est en France », défend Guillaume Sampic, directeur de Parship France. Pour pousser sa marque sous les feux de la rampe, il joue deux cartes : un positionnement radicalement différent de celui de ses concurrents, et une stratégie de partenariat avec les grands noms des médias.

Ici, pas de petits coeurs qui clignotent, de sifflements racoleurs ou de critères sur le poids, la taille ou la couleur des yeux. Mais, d'entrée de jeu, une batterie de 80 questions censées déterminer votre profil de personnalité pour permettre de lui assortir un tempérament idéal.

Filiale du groupe de presse allemand Holtzbrinck Verlag, Parship se targue donc de trouver au célibataire « un conjoint pour la vie et non un simple flirt » grâce à son test développé par le professeur Hugo Schmale, docteur en psychologie et professeur à l'université de Hambourg. « Ce test est le fruit de plus de quarante années de recherche sur la compatibilité amoureuse. Il mixe analyse transactionnelle et théories jungiennes et évalue 30 caractéristiques personnelles pertinentes pour une relation amoureuse. En outre, il permet de décourager les moins motivés », argumente le jeune dirigeant.

Stratégie de co-branding
L'adhérent reçoit alors un rapport de 70 pages sur sa personnalité, et dans sa boîte personnelle une vingtaine de partenaires classés par nombre de PC, c'est-à-dire des « points de compatibilité ». Chaque membre peut avoir accès au profil anonyme d'un autre et, s'il le souhaite, entrer en contact avec lui par e-mail. La personne contactée a le choix d'accepter ou non la demande qu'elle reçoit. Le contact direct n'est possible que lorsque les deux personnes sont intéressées et abonnées. Même chose pour la photo qui reste à la discrétion des prétendants, quand les concurrents en ont fait l'argument clef de la rencontre. Enfin, le site propose un service gratuit de mise en relation téléphonique avec une psychologue. Résultat : une cible plutôt aisée, comprise entre 30 et 60 ans, composée à 52 % de femmes et 48 % d'hommes et de 2,2 millions de membres générant plus de 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en Europe.

Ce créneau de la rencontre « sérieuse » est désormais disputé par les acteurs de la première heure. Inspiré des sites américains e-Harmony et True.com avec leurs « matchings psychologiques », Meetic a lancé il y a un an Ulteem, un service de rencontres par affinités qui cible les plus de quarante ans et teste un site de rencontres communautaires pour les 16-25 ans, Superlov.

Le système de facturation renseigne aussi sur les positionnements de chaque marque. Là où Meetic avait débuté avec la méthode de recrutement bien connue des boîtes de nuit (ne pas faire payer les femmes), il vient de décider de facturer lui aussi ses services à la gente féminine pour augmenter ses revenus et éviter une réputation devenue sulfureuse. Chez Parship, aucune différence homme-femme mais un système d'abonnement payant de trois, six ou douze mois quand Meetic propose un mois d'abonnement minimum moitié moins cher. « C'est l'abonnement de douze mois que nous vendons le plus. Preuve que nos abonnés viennent avec l'intention de réussir leur objectif », souligne Guillaume Sampic.

Mais si le nom de Parship n'évoque quasiment rien aux Français face à la renommée d'un Meetic, c'est que l'allemand a accepté de jouer les « marques blanches » pour s'imposer sur le marché tout en développant le site à son nom. Délaissant les messages racoleurs auprès du public, Parship est allé chercher une caution dans un partenariat avec plus de 200 médias, du « Spiegel » à « La Repubblica » en passant par le « Financial Times » ou le « Corriere della Sera », dont trente en France, tels « Femme actuelle », « Libération », « Marie-Claire », « 20 minutes », « Centre France » ou encore « Le Télégramme ». « De nombreux partenaires n'ont pas développé de rubrique rencontres sur leur site, craignant de ne pas être en adéquation avec leur lectorat », fait valoir le dirigeant qui a pris son bâton de pèlerin pour leur proposer son service.

Aujourd'hui, certains médias français le laissent se dévoiler, tel le service rencontres du site Le Monde.fr qui note « un service de Parship ». Et pour la Saint-Valentin, la marque signera le cahier spécial de « Libération ». « Au fur et à mesure que les journaux nous accordent du crédit, notre nom apparaît. Cette stratégie de co-branding était la seule condition pour exister en France face à Meetic. Pour l'exemple, le service rencontres génère 15 % du trafic du site Internet de «Version Femina», souligne Guillaume Sampic.

Une stratégie à mille lieues d'un Meetic menée à grand renfort de pub - en 2005 le budget publicité de 20 millions s'élevait à 50 % du chiffre d'affaires - lui permettant de détenir désormais les deux tiers du marché. Alors que Parship vient de s'offrir sa première campagne d'affichage en France dans les cabines d'essayage du Printemps et à Neuilly-sur-Seine, bastion des cadres aisés, avec une bâche de 650 m2.

Aujourd'hui, l'allemand s'enorgueillit d'avoir dans ses pays historiques, en Allemagne ou aux Pays-Bas, un taux de transformation de 38 %, en langage clair un nombre élevé de ceux qui rencontrent leur chacun ou leur chacune. Il reste cependant pour tous les acteurs à résoudre le problème clef du « business modèle » de la rencontre : qu'il ait trouvé l'âme soeur ou fait chou blanc, l'abonné quitte le site. D'autant que les adresses communautaires, gratuites elles, comme MySpace ou MSN, se développent aussi sur la rencontre en ligne. « Notre chance, répond Guillaume Sampic, est d'être sur un marché des célibataires qui se renouvelle en permanence ».

Source http://www.lesechos.fr